Canada : le mouvement syndical se déchire !

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La grande nouvelle de ce début d’année est la décision d’Unifor, le plus important syndicat du secteur privé du pays, de quitter l’instance nationale du Congrès du Travail du Canada (CTC). Cette décision a provoqué des ondes de choc dans tous les syndicats et menace non seulement les programmes nationaux, mais aussi la coordination entre les syndicats régionaux et locaux. L’impact médiatique est moindre au Québec où les relations entre les affiliés du CTC sont gérées par la Fédération du Travail du Québec (FTQ).

Les divisions dans les mouvements ouvriers nationaux sont loin d’être inconnues. Dans certains pays, des différences idéologiques de longue date ont fait que de multiples organisations syndicales nationales sont la norme, comme en France, en Pologne ou en Inde. Aux États-Unis et en Afrique du Sud, les scissions sur des positions politiques ou programmatiques fondamentales sont plus récentes. A part un certain temps dans les années 1990, lorsque les syndicats du bâtiment ont formé la Fédération canadienne du travail, le mouvement ouvrier canadien est uni depuis 1956, lorsque deux centres rivaux ont fusionné.

Unifor est le produit d’une série de fusions d’organisations depuis des décennies. La plupart des syndicats prédécesseurs étaient le résultat de scissions au sein de syndicats américains. Dans le secteur privé, la plupart des syndicats étaient et beaucoup sont encore des sections de syndicats basées aux Etats-Unis. Le plus important des syndicats qui ont précédé Unifor, les Travailleurs Canadiens de l’Automobile ou TCA, a été formé lorsque les travailleurs canadiens ont résisté aux concessions qui avaient été convenues par le TUA en négociant avec les grands constructeurs automobiles américains des deux côtés de la frontière. Le nationalisme et l’engagement envers la création de syndicats canadiens sont profondément ancrés dans la culture d’Unifor.

Les initiatives d’Unifor visant à aider les dirigeants des grandes sections locales à retirer leurs membres des syndicats basés aux États-Unis ont créé un conflit considérable au sein du leadership du CTC. Unifor considère que ses actions sont conformes au droit des travailleurs de choisir librement leur syndicat. Les opposants soulignent le processus actuel du CTC selon lequel les travailleurs mécontents peuvent migrer d’un syndicat à un autre et attribuent la frustration d’Unifor à son incapacité à faire des gains dans l’adhésion en utilisant ce processus.

Les militants syndicaux sont profondément inquiets que les rivalités pour s’attirer des travailleurs déjà organisés gaspille des ressources et détourne l’attention de la véritable tâche du mouvement : syndiquer les travailleurs non organisés.

Le 16 janvier, l’exécutif d’Unifor a pris la décision de quitter le CTC, promettant de ne pas nuire à la solidarité au niveau local, où les syndicats coordonnent les campagnes de masse nationales. Plusieurs sont en cours actuellement et ont été, jusqu’à récemment, considérés comme de grands succès, notamment celle en faveur des « barristas » des chaînes de cafés (voir ICI pour plus d’informations).

Unifor explique ses raisons de quitter la CTC ICI.

Dans les heures qui ont suivi l’annonce, Unifor, de concert avec les dissidents des syndicats hôteliers, a commencé à marauder (1) auprès des membres d’UNITE-HERE, un syndicat américain ; une action aussitôt dénoncée par le CTC. À ce stade, la campagne d’Unifor connaît un succès considérable.

La réaction du leadership à la scission varie selon les syndicats. Ils vont d’attaques contre Unifor à des appels pour des pourparlers d’unification. Des militants d’un bout à l’autre du pays s’inquiètent des motivations et des objectifs d’Unifor. Dans les réunions intersyndicales à huis clos et les conseils locaux du travail (où les activistes des différents syndicats coordonnent les activités locales), on travaille pour assurer une solidarité efficace malgré la scission. Voir ICI pour un exemple de la réaction de la base et ICI pour la réaction du président du Conseil du travail de Toronto, le plus grand du pays.

Les sections canadiennes de ce que l’on appelle les syndicats internationaux en Amérique du Nord se tournent vers l’intérieur et se concentrent sur la préparation de leurs membres à une approche d’Unifor, pour se défendre contre une perte d’adhérents. Les syndicats exclusivement canadiens, désignés sous le nom de «syndicats nationaux», semblent être peu préoccupés par les confrontations directes avec Unifor. Les conseils locaux du travail et les fédérations provinciales du travail s’efforcent de minimiser l’impact, parfois sans savoir si les membres d’Unifor qui ont été élus pour les diriger sont toujours homologués pour le faire.

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Notes :

Texte original de Derek Blackadder (LabourStart Canada) traduit de l’anglais.

(1) En droit du travail au Québec, le maraudage désigne l’action d’un syndicat qui tente de ravir à une autre organisation syndicale le droit de représenter les travailleurs d’une entreprise donnée (Wikipedia).

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Crédit photo : “Labour Day Parade Toronto September 2011” by CAW Media –2011 Uploaded by Skeezix1000. Licensed under CC BY 2.0 via Wikimedia Commons

3 Commentaires

  1. Bonjour
    La vie de syndicaliste n’est pas facile. A mon avis, chaque profession devrait posséder son organisation, c’est-à-dire un seul métier. Un syndicat multi disciplinaire est voué à bafouiller. Un ouvrier de l’automobile n’a pas les mêmes problèmes qu’une ouvrière hôtelière, donc première chose à clarifier.
    Une autre astuce est de ne pas se concurrencer, cela se passe chez nous, deux syndicats dans la même entreprise.
    Bien entendu, si un ouvrier ou une ouvrière change de métier ou poste de travail qu’on lui facilite son déplacement dans l’organisation, ça veut dire arranger le transfert avec la personne. Ce qui implique un travail en commun de toutes les organisations existantes, il faut donc une fédération des organisations qui émettra des règles déterminées et respectueuses des lois en vigueur, idem les tarifes applicables.
    La difficulté va être les rémunérations des économies différentes.
    Ce qui est à envisagée des tarifes horaires identiques dans tout les secteurs.
    Réflexe sur les tarife horaires;
    Par le passé, c’était une habitude de rémunérer un professionnel d’avantage, ça ne peut plus être de nos jours. L’économie demande une grande flexibilité elle doit participer à cette flexibilité donc une heure de travail vaut une heure de travail n’importe quelle tâche vous exécutez.
    Nous devons arriver a un tarife horaire unique applicable dans tous les secteurs, n’oublions pas vous avez eu la chance de vous former, vous avez la possibilité d’exercer votre profession vous n’êtes plus astreint à des tâches inférieurs, pour ceux qui ne sont pas dans cette situation, leur coût de la vie est autant le même sinon plus cher.

    Voila sur mes propres expériences et mes convictions personnelles.

    armin schneider

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